Dimanche 25 octobre 2026 — Le Dispatch — Rubrique : Sectoriel
Résumé : À quinze jours de la COP31 en Turquie, six signaux géopolitiques dessinent la carte du monde tel qu'il sera négocié à Antalya. De Pékin qui resserre l'étau sur le solaire à l'Afrique qui réclame ses dûs, de l'Europe qui joue la sécurité à l'IA qui ronge les budgets carbone : un tour du monde sans escale.
📡 ANTALYA · Turquie · 9-20 novembre
COP31 : le thermomètre et le chronomètre
Dans quinze jours, des dizaines de milliers de délégués, experts et militants convergeront vers l'Antalya Expo Center pour la 31e Conférence des Parties à la CCNUCC. La conférence se tient sous une présidence à deux têtes — fruit d'un compromis en novembre 2025 entre la Turquie (pays hôte) et l'Australien Chris Bowen (président des négociations) — ce qui fragilise d'emblée l'unité de façade habituelle.
L'enjeu central : l'argent. La feuille de route Bakou-Belém vise 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour les pays en développement. L'ONU, par la voix de la Vice-secrétaire générale Amina Mohammed lors d'une réunion préparatoire aux Fidji et Tuvalu, a rappelé que 655 millions de personnes sont encore sans électricité, et que « Overshoot is not a reason to surrender ».
🇪🇺 BRUXELLES · Union européenne
La sécurité, nouveau nom de la transition
Bruxelles arrive à Antalya avec un argument inédit : la transition énergétique comme bouclier géopolitique. Depuis la fermeture du détroit d'Ormuz début 2026 — qui a provoqué selon la Banque mondiale une baisse de l'offre mondiale de pétrole de 10,1 millions de barils par jour en mars —, l'Europe a mesuré sa vulnérabilité : encore amputée du gaz russe, dépendante du GNL américain, et frappée par une flambée du kérosène de plus de 170 %.
Dans un document du Conseil daté du 5 octobre, l'UE reformule sa stratégie : les renouvelables ne sont plus seulement une obligation climatique, c'est une condition de « sécurité, d'accessibilité et de disponibilité de l'énergie ». Elle maintient son objectif de neutralité climatique en 2050, reconnaît le probable dépassement de 1,5 °C à court terme, et presse la Chine, l'Inde et les États-Unis de relever leurs ambitions.
Sur le financement, pas question de nouveaux engagements : l'UE met en avant ses 42,7 milliards d'euros de finance climatique en 2024 et renvoie au financement privé pour combler l'écart. Une posture qui froisse les pays du Sud, qui attendaient davantage.
🌏 ASIE · Tokyo, Delhi, Manille
La transition sans le climat
Le choc d'Ormuz a révélé une vérité que les experts énonçaient depuis des années : en Asie, la décarbonation avance — mais rarement pour des raisons climatiques. Le moteur est la sécurité d'approvisionnement et la politique industrielle.
La Chine a franchi en février 2026 un seuil historique : sa capacité non fossile dépasse pour la première fois sa capacité fossile (environ 52 %), grâce à 315 GW de solaire installés en 2025. L'Inde a dépassé le charbon en capacité renouvelable installée (hors grande hydraulique) dès mai 2026, mais le charbon fournit encore 70 % de son électricité réelle. Ces chiffres admirables dissimulent une réalité plus nuancée : la crise a poussé le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et les Philippines à relancer des centrales au charbon — partout présenté comme « temporaire ».
Fait contre-intuitif : la Chine, qui contrôle 80 à 85 % de la production mondiale de panneaux solaires et 90 % du raffinage des terres rares essentielles aux batteries, a traversé la crise presque sans dommage grâce à ses réserves de brut estimées à 120 jours et à son réseau électrique diversifié. La dépendance à la route maritime d'Ormuz est en train d'être troquée contre une dépendance à la chaîne industrielle des renouvelables — essentiellement chinoise.
🌍 NAIROBI · Afrique
Le mur du financement
L'Afrique représente environ 4 % des émissions mondiales de GES mais supporte une part disproportionnée des impacts climatiques. À Antalya, le continent portera une exigence simple : que les engagements financiers soient tenus, accessibles et rapides.
La COP30 au Brésil a adopté un objectif de financement climatique à 1 300 milliards de dollars par an d'ici 2035, dont un triplement du financement adaptation. Sur le terrain, le Fonds pour les pertes et dommages lancera ses premières opérations en 2026 avec 250 millions de dollars : une goutte d'eau face à une transition énergétique africaine estimée à 2 000 milliards de dollars au total.
Depuis le retrait américain de la CCNUCC, la présidence américaine du G20 en 2026 ne porte pas ces enjeux. L'espoir se reporte sur la présidence britannique du G20 en 2027 et sur la COP africaine de la même année, présidée par l'Éthiopie. Les pays africains réclament des mécanismes de financement pluriannuels, simples d'accès, adaptés à des États et ministères au budget limité.
🤖 SIGNAL IA · Data Centers
L'empreinte invisible qui grossit
Pendant que les délégués débattent de mégatonnes à Antalya, les data centers grossissent en silence. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les centres de données — qui consomment aujourd'hui 1,5 % de l'électricité mondiale — pourraient dépasser 3 % d'ici 2030. Les serveurs dédiés à l'IA représentent déjà 24 % de la consommation électrique de l'ensemble des serveurs numériques.
Ce que peu de gens savent : c'est l'inférence — l'utilisation quotidienne des modèles, pas leur entraînement — qui représente 60 % de l'empreinte carbone totale d'un modèle d'IA (contre 40 % pour l'entraînement). Autrement dit, chaque résumé, chaque traduction automatique, chaque image générée contribue à l'accumulation — et une requête à une IA générative consomme environ 10 fois plus qu'une recherche Google classique.
L'eau reste l'angle le plus méconnu : les systèmes d'IA pourraient consommer entre 4,2 et 6,6 milliards de m³ d'eau par an d'ici 2027 (estimation AIE). Les émissions de Google ont augmenté de 48 % entre 2019 et 2023, celles de Microsoft de 30 % entre 2020 et 2023 — tandis que plusieurs grands acteurs ont cessé de publier des données détaillées sur la consommation de leurs data centers.
🌿 CEC — Convention des Entreprises pour le Climat
La CEC Grand Est lance sa promotion 2026 avec une cérémonie d'envol programmée cette saison. La Convention des Entreprises pour le Climat accompagne des dirigeants d'entreprise dans un parcours de neuf mois pour co-construire des trajectoires bas carbone — un processus à la fois collectif, systémique et ancré dans les réalités sectorielles. Depuis 2021, plus de 1 000 entreprises ont rejoint les différentes promotions régionales. Le CEC Tour Ouest 2026 propose également des petits-déjeuners de présentation pour les dirigeants souhaitant s'engager.
📚 Sources
- En Asie, la transition énergétique n'est plus une politique climatique — Asialyst, 23 oct. 2026
- 2026 United Nations Climate Change Conference — Wikipedia
- EU to put energy security at heart of COP31 push — Euronews, 7 oct. 2026
- L'Afrique peut-elle concrétiser ses ambitions climatiques en 2026 ? — ISS Africa
- 'Overshoot is not a reason to surrender' — UN News, oct. 2026
- Impact environnemental de l'IA : rapport 2026 — Jedha / AIE
- La transition énergétique de l'Afrique coûtera 2 000 milliards de dollars — Kapitalis
- World Energy Investment 2026 : transition, sécurité et risque géopolitique — Green Finance
- CEC Grand Est — Cérémonie d'envol 2026 — HelloAsso
- Géopolitique de l'énergie : le choc de 2026 — Forum IACE, L'Économiste Maghrébin, 23 oct. 2026