Reset 4 Impact › Le Geek Écolo Breaknews › édition du 18 octobre 2026

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Erevan, Pékin, Washington, Antalya : cinq signaux géopolitiques de la transition

· Sectoriel · Le Dispatch · par Alexandre Meyrignac

La COP17 ouvre à Erevan avec la Déclaration d'Erevan en poche — et pendant ce temps, le charbon tombe sous 50 % en Chine pour la première fois, les renouvelables franchissent 30 % aux États-Unis malgré Trump, et l'IA promet autant qu'elle consomme. Tour du monde géopolitique de la transition.

Erevan, Pékin, Washington, Antalya : cinq signaux géopolitiques de la transition
NASA / Unsplash

Dimanche 18 octobre 2026 — Le Dispatch — Rubrique : Sectoriel


Cinq théâtres d'opérations. Cinq signaux qui changent la donne. La transition énergétique et écologique ne se raconte plus dans un seul pays : elle est simultanée, parfois contradictoire, et s'accélère sur tous les continents. Tour du monde à 24 heures de l'ouverture officielle de la COP17, demain à Erevan.


🌿 ARMÉNIE — La Déclaration d'Erevan, premier test politique de Kunming-Montréal

Le 16 octobre, deux jours avant l'ouverture formelle de la COP17 sur la biodiversité, les chefs d'État et de gouvernement réunis à Erevan ont adopté la Déclaration d'Erevan. Trois mots résument le texte : coopération, financement, responsabilité.

Ce qu'elle contient. La déclaration appelle à la mise en œuvre des 23 cibles du Cadre mondial de Kunming-Montréal (2022), dont la plus connue est le « 30×30 » — protéger 30 % des terres et des mers d'ici 2030. Elle insiste sur la nécessité de mobiliser « des fonds accrus, adéquats, prévisibles et accessibles », notamment pour les pays les moins avancés et les petits États insulaires.

Ce qui manque. Aucun montant précis n'est gravé dans le marbre de la déclaration. Ce sera l'enjeu des vraies négociations, qui débutent aujourd'hui. L'Union européenne s'est engagée à doubler son financement international de la biodiversité — de 3,5 à 7 milliards d'euros — et à soutenir un objectif mondial de 200 milliards de dollars par an d'ici 2030.

💡 Repère pédagogique. Le Fonds de Cali, mentionné dans la déclaration, reverse aux pays qui en sont l'origine une partie des bénéfices générés par l'exploitation commerciale des informations génétiques numériques (ADN de plantes, de micro-organismes) contenues dans des bases de données mondiales. C'est un mécanisme inédit, adopté à Cali en 2024.

🇨🇳 CHINE — Moment historique : le charbon passe sous 50 %

C'est un chiffre que les analystes attendaient depuis des années. Au premier semestre 2026, la part du charbon dans la production d'électricité chinoise est tombée à 49,7 %, franchissant pour la première fois ce seuil symbolique. En 2016, elle était encore à 73 %.

Les énergies renouvelables représentent désormais 41,2 % de la production — soit près de 2 000 TWh — et la capacité installée en solaire et éolien dépasse 1 950 GW, en hausse de 16,8 % sur un an.

Le paradoxe qui demeure. La Chine continue pourtant de construire des centrales à charbon, héritage d'une vague d'approbations en 2022-2023 : environ 80 GW pourraient être mis en service en 2025. Ces capacités serviront de plus en plus d'appoint pour sécuriser le réseau lors des pics de demande, selon les analystes de Connaissance des Énergies. La production de charbon, elle, recule en valeur absolue.

💡 Repère pédagogique. Quand les analystes parlent de « part dans le mix », ils mesurent les kWh produits, pas la capacité installée. Une centrale à charbon peut être installée mais peu sollicitée si l'éolien et le solaire suffisent. C'est exactement ce qui se passe en Chine.

🇺🇸 ÉTATS-UNIS — Malgré Trump, les renouvelables dépassent 30 %

La politique ne change pas tout, du moins pas immédiatement. Au premier semestre 2026, les énergies renouvelables ont produit 672 TWh aux États-Unis, soit 30,2 % du mix national, contre 27 % un an plus tôt.

Surtout, solaire et éolien réunis (496 TWh) ont produit davantage que le charbon (314 TWh) et presque autant que le nucléaire (389 TWh). Au Texas, le solaire devrait produire 78 TWh sur l'année entière contre 60 TWh pour le charbon — dans un État qui n'est pas réputé pour son progressisme écologique.

La limite réelle de la politique Trump se fera sentir à partir de 2027-2028, selon les analystes de l'EIA, quand les projets lancés sous l'ère Biden arriveront en fin de cycle. La capacité de stockage en batteries a, elle, bondi de 58 % en un an pour atteindre 52 GW — un chiffre que ni l'IRA ni les coupes budgétaires n'ont encore réellement entamé.


🌍 AFRIQUE — Le solaire explose, les investissements tardent

En 2025, l'Afrique a vu ses installations solaires bondir de 54 %. Le rythme est impressionnant — et pourtant insuffisant. Pour atteindre les 300 GW d'énergie propre d'ici 2030 défendus dans divers scénarios de transition juste, le continent devrait tripler son rythme d'installation.

Le verrou est connu : le financement. Le coût du capital en Afrique subsaharienne est 2 à 3 fois plus élevé qu'en Europe pour des projets d'énergie renouvelable identiques — un différentiel qui s'explique par le risque de change, l'instabilité réglementaire perçue et le manque de garanties institutionnelles. C'est précisément ce que le mécanisme de financement de la COP17 est censé corriger.

Fait contre-intuitif. Le continent qui a le moins contribué aux émissions historiques de CO₂ (moins de 4 % du total cumulé) est celui qui dépense proportionnellement le plus pour se financer — et donc celui pour qui la transition coûte le plus cher.

🤖 PLANÈTE — L'IA dans la ligne de mire climatique

La présidence turque de la COP31 (prévue à Antalya en novembre 2026) a lancé un « Antalya AI Pledge » : les signataires s'engagent à développer l'IA de façon compatible avec les objectifs climatiques. L'AIE estime que la demande mondiale des data centers pourrait atteindre 700 à 1 700 TWh en 2035, contre 415 TWh en 2024 — soit l'équivalent de la consommation électrique totale de l'Allemagne multipliée par deux dans le scénario haut.

Mais l'IA peut aussi réduire les émissions. Selon l'AIE, un déploiement massif pourrait économiser 13,5 exajoules d'énergie d'ici 2035 — l'équivalent de la consommation annuelle de l'Indonésie. L'outil de prévision météo AIFS du CEPMMT consomme 1 000 fois moins d'énergie que les modèles classiques à performances équivalentes. Climate TRACE utilise l'IA pour surveiller 745 millions de sources d'émissions via satellite.

La clé, selon les experts de Climate Change AI : « La technologie, à elle seule, ne constituera jamais la solution. »


La phrase de la semaine

« This decisive decade a turning point for biodiversity. »

— Déclaration d'Erevan, 16 octobre 2026

Les chiffres de la semaine le confirment, continent par continent. La question n'est plus de savoir si la transition est possible. C'est de savoir si elle sera suffisamment rapide — et suffisamment juste.


Sources

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